jeudi 11 mars 2010
Le CECB est-il crédible ?
Le CECB (Certificat énergétique cantonal du bâtiment) se présente comme un outil de mesure de consommation d’un bâtiment ; pourtant les mesures réelles montrent un visage bien différent. Le CECB est-il vraiment crédible ?
Rappel sur le fonctionnement du CECB :
Le CECB calcul le classement d’un bâtiment sur la base de la performance de son enveloppe à partir des données théoriques issues du « justificatif thermique » SIA380/1. Ces données théoriques reprennent un usage du bâtiment « standard », partant d’une température intérieur uniforme et constante de 20°C. Ces valeurs sont ensuite comparées avec les mesures de consommations réelles et l’expert CECB doit parvenir à réduire l’écart entre ces deux valeurs, écart qui ne doit pas dépasser 20% pour pouvoir établir le certificat.
Hors, l’écart entre les valeurs théoriques prévues et les mesures réelles se situe généralement plus près de 40% que de 20%, l’expert CECB doit donc modifier les valeurs entrées pour l’enveloppe du bâtiment jusqu’à ce que cette limite des 20% soit franchie. Si les valeurs de l’enveloppe sont directement issues du justificatif thermique (elles sont donc sensées être justes) l’expert aura comme seuls choix de « tricher » sur ces valeurs, ou sur celles données par les mesures réelles de consommation.
Le CECB, s’il est donc sensé donner une valeur correcte pour la performance théorique de l’enveloppe, ne donnera pratiquement jamais la valeur réelle de l’impact de la consommation d’énergie du bâtiment.
Démonstration sur un bâtiment type ayant fait l’objet d’un monitoring énergétique détaillé et précis.
Objet mesuré :
Maison familiale individuelle portant le label Minergie.
Outre le label Minergie, cette maison est dotée d’une pompe à chaleur a géothermie, d’un puits canadien, de panneaux solaire thermiques, d’un stabilisateur de courant (LEC) et d’une installation de gestion technique intelligente (domotique) correspondante à la classe A de la norme SIA386.110.
Cette maison est également équipée d’une piscine naturelle et d’une salle de cinéma. Ces deux derniers éléments sont passablement énergivores et vont peser lourd dans le bilan énergétique final.
Pourtant ils ne sont pas pris en compte dans le CECB. Les premiers tableaux sont donc réalisés sans ces éléments pour permettre la comparaison des valeurs, le tableau montrant la situation finale réelle les inclus pour visualiser leur impact sur le résultat.
Tableau 1
valeurs annuelles théoriques du justificatif thermique et valeurs réelles mesurées
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Thermique |
Ménage |
|
Valeurs Minergie |
6700 kWh |
8180 kWh |
Energie utile prévue selon norme Minergie |
Valeurs à l'usage |
8040 kWh |
9000 kWh |
Valeurs théorique Minergie augmentée selon usage réel (+20% thermique, +10% ménage) |
Valeurs mesurées |
5521 kWh |
6780 kWh |
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Gain sur norme |
22 % |
17% |
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Gain réel |
35% |
19% |
Gain réel lié à la gestion intelligente de l’énergie |
Ce tableau nous montre l’énergie utile nécessaire pour le chauffage et l’eau chaude, (colonne "thermique") et pour l’électricité du ménage (colonne "ménage") selon le calcul Minergie.
La ligne suivante représente ces valeurs adaptées à l’usage (les habitants utilisent des températures généralement plus élevées que 20°C et les fenêtres ne restent pas fermées durant toute la saison froide). Cette adaptation est basée sur une moyenne de 20% de consommation supplémentaire liée à l’usage normale (les normes indiquent une différence allant de 20 à 40% selon les objets et les mesures effectuées en Suisse montrent une différence moyenne de 40%).
Ces valeurs sont ensuite mises en écho avec les valeurs mesurées (moyennes annuelles). A noter qu’il s’agit ici des valeurs d’énergie « utile ». Il faudra encore passer par les facteurs de pondération pour connaître l’énergie primaire (total de l’énergie dépensée dans le bâtiment + l’énergie « grise » - transformation et transport de l’énergie).
Un bâtiment de qualité, un usage exemplaire
Dans cet objet que l’on peut qualifier d’exemplaire, les mesures montrent que l’usage de ce bâtiment est nettement en-dessous des calculs théoriques prévus par SIA380/1 et Minergie. Cela vient essentiellement de l’impact de l’installation domotique sur la consommation (SIA386.110). On devrait donc normalement s’attendre à une valeur CECB plutôt plus élevée que les mesures réelles.
Tableau 2
consommation totale d’énergie primaire selon facteur de pondération CECB (énergie utile x2)
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Total énergie primaire |
CO2 |
|
Valeurs Minergie |
29760 kWh |
2,4 tonnes |
Energie pondérée prévue selon norme Minergie |
Valeurs à l'usage |
34080 kWh |
2,6 tonnes |
Valeurs théorique Minergie augmentée selon usage réel (+20% thermique, +10% ménage) |
Valeurs mesurées |
24000 kWh |
1,9 tonnes |
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Ce tableau reprend les trois lignes précédentes mais en énergie primaire, utilisant le facteur de pondération imposé par le CECB : 1kWh consommé = 2 kWh dépensé sur l’ensemble de la « chaine » énergétique.
Tableau 3
consommation totale d’énergie primaire selon la norme SIA2031, facteur de pondération scientifique eurocompatibles (énergie utile x2,97)
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Total énergie primaire |
CO2 |
|
Valeurs Minergie |
44200 kWh |
2,4 tonnes |
Energie pondérée prévue selon norme SIA2031 |
Valeurs à l'usage |
50600kWh |
2,6 tonnes |
Valeurs théorique Minergie augmentée selon usage réel (+20% thermique, +10% ménage) |
Valeurs mesurées |
35600kWh |
1,9 tonnes |
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On peut voir déjà ici l’impact sur le résultat des facteurs de pondérations scientifiques (norme SIA2031) par rapport à ceux (politiques) du CECB
Tableau 4
comparaison du certificat CECB fait sur cet objet avec les mesures basées sur le certificat SIA2031
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Certificat CECB |
Certificat SIA2031
mesuré |
Différence
CECB -> SIA2031 |
Total énergie primaire (sans piscine) |
20016 kWh |
35600 kWh |
77% |
Total CO2 (sans piscine) |
1,5 tonnes |
1,9 tonnes |
26% |
| Total énergie primaire (avec piscine) |
20016 kWh |
49900kWh |
149% |
| Total CO2 (avec piscine) |
1,5 tonnes |
2,7 tonnes |
80% |
Dans ce tableau, on replace la piscine et la salle de cinéma dans les chiffres. Comme on peut le voir, SIA2031 prend bien en compte l’ensemble des consommateurs d’énergie et donne ainsi les valeurs réelles en termes de consommation de ce bâtiment et d’impact sur la production de CO2.
Le CECB, bloqué sur l’enveloppe, ne montre aucune différence avec ou sans la piscine. Et dans les 2 cas, ce certificat montre à peine la moitié de la consommation réelle, et de même pour la production de CO2… et comme montré plus haut, le comportement des usagers ne peut être mis en cause, étant en-dessous des normes!
Les raisons de ces différences importantes ont déjà fait l'objet d'une publication.
Le certificat énergétique pour bâtiment, comme l’indique la norme SIA2031 et la directive européenne, est sensé être un outil de mesure permettant de comparer les bâtiments selon leur consommation d’énergie et leur taux de pollution. Imaginez un outil de mesure dont la tolérance de précision (marge d’erreur) atteint les 150% ! Quelle industrie pourrait donc utiliser un tel outil ?
C’est pourtant sur ces base plus qu'approximatives que le CECB est proposé aux propriétaires et c’est aussi sur ces bases que l’OFEN sera sensé prendre des décisions politiques dans le future.
CECB : outil de mesure ou de marketing ?
Si le CECB ne peut se targuer d'être l'outil de mesure voulu par la directive Européenne et par la norme SIA2031, il est un très bon outil de marketing en faveur du label privé Minergie.
Les décisions politiques qui ont conduit à l'adoption du CECB en tant que certificat énergétique pour bâtiment en lieu et place de la norme SIA2031, pourtant créée dans ce seul but, nous échappent, mais les résultats, eux, ne laissent présager d'aucune confusion possible entre les deux méthodes. Le CECB reste un outil intéressant dans le cadre d'une campagne de promotion pour le label Minergie, mais cette opération ne peut en aucun cas prendre la place d'un véritable certificat énergétique telle la norme SIA2031, norme pourtant validée par l'OFEN.
L'apport des experts CECB
Comme indiqué sur le site du CECB, la qualité des conseils de l'expert en matière d'amélioration de l'efficacité énergétique du bâtiment est essentielle dans la validation d'un certificat énergétique. C'est en effet l'expert qui pourra non seulement faire l'évaluation correcte de l'état du bâtiment, mais également donner les bonnes recommandations pour son amélioration au niveau consommation d'énergie.
Si la confédération a investit l'année dernière 15 millions de CHF pour "offrir" les 15000 premiers certificats, le propriétaire n'ayant plus que 200 CHF à payer pour compléter le prix fixé de ce certificat à 1200 CHF, le site du CECB affiche aujourd'hui, pour ce même certificat, un coût allant de 400 CHF pour une maison individuelle à 1200 CHF pour un immeuble pouvant aller jusqu'à 1000 m2.
Si on prend le tarif maximum de 1200 CHF, au tarif horaire moyen pour un ingénieur en énergie ou en thermique, ce coût finance au maximum 8 heures de travail.
Ce temps est sensé couvrir la prise de donnée (requiers une visite des lieux selon le règlement du CECB), la saisie des données dans le système et leur analyse, l'ajustage des chiffres pour l'édition du certificat, et les recommandations pour l'amélioration de la performance énergétique de l'objet en question...
Pour 1'200 CHF, cela sera peut être possible, dans la mesure où le cas étudié est très simple et où toutes les informations utiles sont déjà disponibles.
Par contre, si l'expert respecte la tarification publiée par le CECB, soit entre 400 et 600 pour une villa, ou encore entre 500 et 800 pour un immeuble à plusieurs appartements, on peut se demander quelle sera sa valeur ajoutée en tant qu'ingénieur en énergie ou en thermique, compte tenu que la seule administration du certificat lui prendra tout le budget prévu pour son établissement...
Conclusion
Nous ne voyons pas comment, dans ces conditions, promouvoir ce succédané de certificat énergétique! Nous ne pouvons que recommander de faire établir votre certificat CECB avec en parallèle la situation sur la base de la norme qui a été établie dans ce but, SIA2031, seule norme actuellement utilisable pour cette opération dans le cadre des objectifs eurocompatibles en matière de performance énergétique des bâtiments, et seule norme permettant d’obtenir les résultats les plus proches de la réalité.
Nous ne manquerons pas de compléter ces données lors des prochaines mises à jour du CECB, si celles-ci permettent de corriger ces dérives.
Pour toutes questions ou remarques sur ce sujet ou sur ces lignes, vous pouvez réagir et nous transmettre vos réactions ou expériences en la matière depuis notre page contact.